Interview accordée par le Président Amine
Gemayel A La Revue du Liban - 20/10/2005
Dans une première rencontre
médiatique dont il a bien voulu nous accorder la primeur depuis qu'il a
réoccupé le siège de son regretté père,
cheikh Pierre Gemayel, à la Maison centrale des Kataëb à
Saïfi, le président Amine Gemayel a exprimé son optimisme
quant à la transposition du Liban d'une étape à une autre,
lui permettant de recouvrer son rôle pionnier en tant que "pays-message",
pour reprendre les propres termes de S.S. Jean-Paul II. Et, aussi, un nouveau
départ sur la voie de la reconstruction et du progrès, tel le
Phénix, cet oiseau mythologique qui, une fois brûlé,
renaissait de ses cendres. "Pouviez-vous imaginer, il y a six mois, que
j'allais vous recevoir ici et qu'un gouvernement représentatif des
forces du 14 mars et du 8 mars est soucieux de prendre toutes ses
décisions d'une manière consensuelle, dans l'intérêt
du pays avant tout autre", a demandé l'ancien chef de l'Etat. Puis, il
s'est prêté à l'interview exposant son point de vue
à propos des grands dossiers de l'heure, donnant son opinion sur les
développements survenus au cours des derniers mois. Voici la teneur de
l'entretien.
Bien des indices de la phase actuelle
laissent craindre des projets de sédition interne, à commencer
par les attentats à l'explosif dans les régions
chrétiennes pour finir par la controverse autour de l'enquête de
la commission internationale sur l'assassinat du président Hariri, sans
oublier les retombées de la résolution 1559, en ce qui concerne
notamment le désarmement du "Hezbollah" et des camps palestiniens.
Quelles sont vos prévisions pour l'avenir proche et lointain au double
plan politique et sécuritaire?
Par nature, je n'aime pas
regarder la partie vide de la coupe, mais sa partie pleine. Nous avons accompli
un bond qualitatif et les points de rencontre entre les Libanais sont devenus
plus nombreux que les points de division, sur la plupart des sujets litigieux.
Ainsi, à titre d'exemple, les fractions des 14 et 8 mars sont maintenant
représentées au gouvernement, au sein du quel nous ne relevons
pas de divergences pareilles à celles qui se produisaient
précédemment. Nous touchons du doigt le sincère
désir des ministres de traiter les dossiers complexes avec
réalisme, à travers le dialogue. En ce qui concerne la
résolution 1559, je ne crois pas que quelque partie voudrait voir
l'Armée procéder au désarmement de la Résistance
par la force ou en faisant appel à une partie extérieure. Au
contraire, on détecte une compréhension totale des sentiments du
"Hezbollah", une appréciation de sa lutte et des exploits qu'il a
accomplis. D'autant que ce parti, en coopération avec le mouvement
"Amal", représente une large fraction de Libanais dont on doit
comprendre les positions et les aspirations. Je crois qu'il existe une
unanimité autour de ce sujet. En ce qui a trait à la cause
palestinienne, la position du chef du gouvernement envers les armes des
Palestiniens à l'intérieur et en dehors des camps,
bénéficie d'un appui politique certain.
BIEN DES
BOMBES A RETARDEMENT ONT ETE DESAMORCEES... Ne croyez-vous pas que ces
dossiers pourraient être des bombes à retardement susceptibles
d'exploser à la moindre divergence, d'autant qu'un dialogue
sérieux à leur sujet n'a pas encore été entrepris?
Mon regretté père, cheikh Pierre Gemayel, avait une
approche réaliste de la situation dans notre pays. Nous vivons au Liban,
disait-il, comme si nous aurions accepté d'évoluer dans une
région volcanique. Tel est notre pays depuis 1920, date de la
proclamation du Grand Liban, il affronte des bombes à retardement,
représentées par tant d'antagonismes. Notre famille a joué
un grand rôle sur ce plan et mon oncle, cheikh Youssef Gemayel, faisait
partie de la délégation ayant négocié au
congrès de Versailles la contexture du Grand Liban. Nous ne devons pas
oublier qu'en 1943, les chrétiens ou du moins une grande partie parmi
eux, ne voulaient pas renoncer au mandat français. Nous avons
engagé la bataille de l'indépendance et le parti Kataëb a
été le fer de lance au niveau de la rue, cheikh Pierre ayant
dirigé en même temps les Kataëb et les Najjadés.
Il en est de même par rapport aux relations avec les
Palestiniens. Nous avons engagé de dures batailles avec la
Résistance et les relations avec la Syrie étaient,
également, autant de bombes à retardement que nous avons pu
intégrer. Le peuple libanais a eu la capacité de
désamorcer ces bombes et de les dépasser. Le dernier exploit a
consisté à rassembler les 8 et 14 mars en Conseil des ministres.
Le peuple libanais a manifesté le désir et la
détermination de désamorcer ces bombes à retardement qui
avaient entravé son chemin.
À QUAND LE DIALOGUE AVEC LE
"HEZBOLLAH"? Le dialogue autour des armes du "Hezbollah" et des Palestiniens
n'a pas encore été traduit dans les faits: quand sera-t-il
entamé et qu'est-ce qui le retarde? Le dialogue n'incombe pas,
uniquement, au gouvernement qui incarne les sentiments des gens et les
objectifs des forces politiques qui gravitent sur la scène libanaise,
les sujets à débattre ayant une portée nationale. Quant
à nos relations avec les frères palestiniens, elles remontent
à 1948-49. Leur présence sur le territoire libanais était
en elle-même un problème et une cause au triple plan politique,
social et sécuritaire, étant donné le tissu sociologique
libanais particulièrement délicat, l'élément
palestinien influant sans nul doute sur la situation pour des raisons que nous
ne voulons pas évoquer maintenant. l'affaire du "Hezbollah" et des camps
constitue une responsabilité nationale, en ce sens que tous nous y
sommes concernés et devons aider à la résoudre. Son
traitement débute par le resserrement des rangs libanais, au niveau des
leaderships face à la cause palestinienne et aux problèmes
qu'elle suscite chez nous. La solution commence par une entente
libano-libanaise et dans la mesure où cette entente est forte, il sera
facile de trancher les problèmes que pose la présence
palestinienne dans nos murs.
Qui agira sur les fractions
palestiniennes non soumises à l'autorité du président
Mahmoud Abbas et refusent de négocier autour des armes se trouvant en
dehors des camps? Lorsque les Libanais s'entendront entre eux,
spécialement les leaderships politiques et quand l'Autorité
politique tombera d'accord, à travers cette unanimité, avec
l'Autorité palestinienne, il deviendra facile de traiter avec les
fractions "rebelles" qui seront isolées. Il sera possible, alors, de
parvenir à une solution sur base des constantes nationales. Il existe
des accords, des décisions et des prises de position consensuels qu'il
est difficile de renier. Je cite, à titre d'exemple, la reconnaissance
libanaise et arabe de l'OLP en tant que représentante unique du peuple
palestinien.
RIEN NE JUSTIFIE LE MAINTIEN DES ARMES
PALESTINIENNESEN DEHORS DES CAMPS Le monde arabe dans son ensemble
traite-t-il cette question sur cette base? Tout le monde arabe, y
compris la Syrie et, aujourd'hui, l'Autorité palestinienne, est la
prolongation de l'OLP qu'elle a remplacée. Une unanimité
libanaise s'est réalisée en 1987 à la Chambre des
députés autour de l'abolition de l'accord du Caire de 1969. C'est
pourquoi, rien ne justifie le maintien des armes palestiniennes en dehors des
camps. Du moment qu'un dialogue est engagé entre l'Autorité
palestinienne et Israël, nous devons le respecter et en attendre les
résultats. Si ce dialogue portait ses fruits, ce serait dans
l'intérêt de tous et, dans le cas contraire, nous aurions tout le
temps avec l'Autorité palestinienne, de discuter de la façon
d'affronter la nouvelle situation sur le terrain. Il n'est pas logique que le
Liban, maillon le plus faible, affronte seul l'Etat hébreu. S'ils
étaient tellement soucieux de préserver la cause palestinienne,
pourquoi n'ouvriraient-ils pas le front du Golan? Le Libanais est-il plus
nationaliste ou plus courageux que le fils du Golan et de la Syrie?
l'infrastructure des organisations palestiniennes formant le front du refus,
tel le "front populaire" se trouve à Damas et il leur est plus facile de
mener la lutte à partir des hauteurs du Golan.
Il n'est pas logique de maintenir tous ces
blockhaus et fortifications militaires palestiniens que nous avons vus
dernièrement à la télévision. Ils existaient depuis
les années 70 du siècle dernier et n'ont pu empêcher les
invasions israéliennes de 1987 et 1988. Toutes ces fortifications sont
donc pour la parade et ont été installées à des
fins n'ayant aucun rapport avec la cause palestinienne, ni avec les causes
arabes. C'est pourquoi, j'appelle à une entente libanaise globale, sur
base des constantes, des accords et des lois; à ce moment, notre
dialogue deviendra fraternel avec le front de refus palestinien. On ne doit
plus utiliser l'homme palestinien pour des conflits où il ne trouve pas
son intérêt.
CONFLIT DE SYSTÈMES ET
D'INTÉRÊTS Quelle est votre lecture du conflit opposant la Syrie
aux Etats-Unis, en marge des résolutions 1559 et 1595 et de
l'enquête sur l'assassinat du président Rafic Hariri? Tout
cela confirme ce que j'ai toujours soutenu, à savoir que l'action
palestinienne est utilisée à des fins n'ayant aucun rapport avec
le Liban, ni avec les causes arabes. Il s'agit d'un conflit de systèmes
et d'intérêts et c'est ce que doivent comprendre le peuple
palestinien et les leaderships libanais qui n'ont pas encore adopté une
position claire à ce sujet. Il est vrai que la Syrie se sert de
certaines fractions palestiniennes sur la scène libanaise à des
fins stratégiques sur le plan arabe. Mais ceci est dangereux et ne la
sert pas à moyen terme. Nous ne souhaitons qu'une relation constructive
avec la Syrie, laquelle devrait reconsidérer la nature de ses relations
avec le Liban qui peut devenir un soutien au pays voisin et servir ses
intérêts au double plan politique et sécuritaire. C'est ce
que souhaitent tous les Libanais et le président Sanioura s'est dit
disposé à assainir les relations libano syriennes dans
l'intérêt commun.
A quel point la Syrie peut-elle influer
sur la stratégie du "Hezbollah" et ses orientations
régionales? A l'instar de toutes les parties qui s'activent sur
la scène libanaise, il existe des liens affectifs avec des instances
extérieures. Ainsi, les catholiques du Liban ont des affinités
avec le Vatican, tout en conservant leur loyalisme au Liban, car toute
allégeance en dehors du cadre national est erronée et porte
préjudice à la patrie. De même, le "Hezbollah" entretient
des relations historiques avec la Syrie qui l'a soutenu dans son combat dans
les années 70, de même qu'avec l'Iran au cours d'une phase
déterminée de sa lutte. En même temps, le "Hezbollah" est
un parti libanais et la communauté chiite fait partie de l'entité
nationale. Son expérience au plan communautaire, s'est
avérée positive du point de vue de l'entente et de
l'intégration nationales, comme du soutien des causes nationales. Aussi,
après les derniers développements survenus sur la scène
locale, je suis plus sûr du loyalisme de ce parti à la patrie
libanaise, étant un des éléments fondamentaux de la
souveraineté, du système démocratique et des
libertés, ce qui sert à la fois l'intérêt du
"Hezbollah" et de la communauté chiite. Preuve en est qu'ila
accepté, pour la première fois, de se faire représenter au
gouvernement, contribuant de ce fait à la définition des options
nationales, par le biais du dialogue qu'il engage avec les différentes
fractions de notre peuple, même celles qui n'adoptent pas une position
identique à la sienne envers certains sujets. Il existe des indices
positifs par rapport au "Hezb" et j'insiste sur la nécessité de
voir la partie pleine et non vide de la coupe. Nous sortons d'une étape
particulièrement difficile de notre Histoire, notre pays étant
resté trente ans privé de sa souveraineté sur sa terre et
de sa libre décision. Ce qui a paralysé les institutions
étatiques, constitutionnelles et même partisanes, poussant le pays
vers l'esprit milicien exécrable, ravivant les conflits internes et
provoquant de profonds clivages au sein de notre tissu social. Je
détecte, à présent, des indices positifs quant au
désir sincère des gens de dépasser l'étape
précédente et de considérer l'avenir avec un esprit
consensuel. Tous les partis et courants libanais ne parlent que de l'avenir, de
la consolidation de la scène intérieure et de la
souveraineté, en vue de favoriser le processus démocratique et
les libertés au Liban.
Votre optimisme n'est-il pas terni par
une certaine inquiétude en raison du fait que nous ne sommes pas encore
totalement sortis du champ de mines au plan sécuritaire? Je
m'exprime avec réalisme, car je garde les pieds sur terre. J'ai
exercé le pouvoir et j'en connais la signification et assume mes
responsabilités. C'est pourquoi, je parle d'un point de vue
réaliste, non théorique et je sais de quoi je parle. A un moment
donné, quand j'écoutais discourir, dernièrement, sayyed
Hassan Nasrallah, je croyais entendre mon père, cheikh Pierre Gemayel.
Une transformation s'est opérée au niveau de certains leaderships
qui parlent de la souveraineté nationale, de la liberté et de la
démocratie consensuelle. De telles paroles, nous ne les entendions pas
dans le passé, au temps des Syriens où la souveraineté
consistait pour certains parmi nos concitoyens à adopter la
stratégie syrienne, même aux dépens du Liban, alors que la
démocratie était celle qui se pratiquait aux dépens de la
minorité et les libertés sur le modèle des services de
renseignements qui déterminaient le cadre de la liberté dans
notre pays. Arrêtons-nous à ces positivismes.
Comment avez-vous justifié le fait
pour sayyed Hassan Nasrallah d'avoir repris à son compte le slogan du
président martyr Bachir Gemayel relatif aux 10.452 km2? Il
s'agit de l'un des positivismes que j'ai mentionnés. Autrefois, le fait
d'évoquer le nom de certaines familles libanaises ou certains partis,
était interprété comme une sorte de provocation. Ainsi,
Amine Gemayel rend visite, aujourd'hui, à Hassan Nasrallah, le
"Hezbollah" est en contact avec les leaderships libanais et va à
Bkerké pour dialoguer avec le patriarche Sfeir, alors que les gens de
tous bords se rencontrent et se donnent l'accolade. Nous avons franchi une
grande étape sur ce terrain. Maintenant, je vous reçois à
la Maison centrale des Kataëb. Imaginiez-vous pouvoir vous asseoir dans le
bureau même de cheikh Pierre Gemayel pour engager ici un entretien avec
moi?
Vous considériez comme
étant occupé le siège du parti? Je ne veux pas
entrer dans ces considérations. Vous attendiez-vous, il y a six mois
à ce que la Syrie évacue le Liban? Les ambitions de la plupart
des hommes politiques allaient jusqu'au redéploiement des troupes
syriennes jusqu'à la Békaa dans une première étape
avant le retrait total. Vous imaginiez-vous les 14 et 18 mars? Pourquoi
persistons-nous toujours à nous arrêter aux négativismes?
Mais sur le plan sécuritaire la
situation n'est pas encore rassurante? Je répète que nous
sortons d'une ère pour entrer dans une autre. Durant trente ans, les
institutions libanaises étaient paralysées et l'armée
était perdue dans sa doctrine, alors que la magistrature était
politisée ou empêchée de se mouvoir dans le bon sens. Ceci
tout le monde le reconnaît, même M. Nasri Lahoud, ancien
président du Conseil Supérieur de la magistrature qui a tenu
à propos du palais de Justice et de ce qui s'y passait, des paroles que
personne d'autre que lui n'avait tenues auparavant. Nous sommes en train de
réédifier les institutions étatiques à partir de
zéro.
LA VIE POLITIQUE REDEVIENT NORMALE Cette étape se prolongera-t-elle longtemps? Certainement.
En toute franchise, je m'attendais à ce qu'elle fût plus
difficile. Je m'arrête à deux phénomènes: d'abord,
la vie politique au Liban est redevenue normale, contrairement à ce qui
se passe en Irak et dans d'autres pays; le mérite en revient à
l'entente libano libanaise. Ensuite, personne n'a osé adopter l'action
négative des "fantômes". Il n'en était pas de
même autrefois. Ainsi, lorsque Bachir a subi le martyre, celui qui
l'avait assassiné avait été considéré,
alors, par certains comme un héros. Mais aujourd'hui, personne n'ose se
vanter de commettre de tels crimes, lesquels suscitent une réprobation
unanime. Toujours, est-il que la condamnation seule ne suffit pas. C'est
pourquoi, il importe de remettre sur pied les organismes de
sécurité; les services de renseignements et la magistrature, ce
à quoi s'atèle à présent le gouvernement, dans un
esprit libanais à cent pour cent, son unique souci étant de
préserver la patrie et non comme cela était le cas dans le
passé, lorsque 90% de ses préoccupations se manifestaient en
dehors de l'intérêt libanais.
Qu'attendez-vous de la commission
internationale d'enquête, à la lumière de la controverse
instituée autour de la mission dont elle s'acquitte? Laissons
à la commission le soin d'accomplir sa tâche, d'autant qu'à
sa tête se trouve un magistrat connu pour sa compétence et sa
probité. Pourquoi se perdre dans les spéculations? Attendons donc
la fin des investigations pour juger le rapport des enquêteurs.
Etes-vous confiant en ce que la
vérité sera proclamée et que le rapport Mehlis ne sera pas
politisé? J'ai une confiance totale dans le président de la
commission et ses collaborateurs, car l'enquête ne se limite pas à
la justice libanaise, syrienne, française ou américaine. Il
s'agit d'une commission internationale et M. Mehlis sait bien que la
décision finale n'est pas de son ressort mais de celui de la Cour qui
sera chargée de statuer sur l'assassinat du président Rafic
Hariri. Les membres de la Cour porteront des nationalités
différentes et n'auront aucun lien avec qui que ce soit étant
uniquement préoccupés de proclamer la vérité. Puis,
je ne doute pas que le juge Mehlis est soucieux de sauvegarder sa
réputation et je ne crois pas qu'il soit capable de faire paraître
un rapport pour la forme ne jouissant pas de la crédibilité
requise. C'est pourquoi, nous devons attendre la fin de l'enquête en
cours.
Comment expliquer la prorogation du
délai imparti à la commission internationale d'enquête
jusqu'au 15 décembre? A ma connaissance, le rapport Mehlis sera
rendu public le 21 octobre et la prorogation du délai a pour but de
juger des retombées dudit rapport sur le plan judiciaire et pour des
considérations d'ordre technique sur la base desquelles sera
élaborée l'ordonnance d'inculpation.
LA SITUATION
ACTUELLE PEUT-ELLE DURER DEUX ANS? La campagne menée contre le
président Lahoud avait des mobiles politiques, preuve en est sa
complète coopération avec le président Sanioura. Le Liban
en paie le prix, ainsi que le citoyen. Nous ne nous mêlons pas à
la répartition des responsabilités. La situation actuelle
peut-elle durer deux ans? Dans les pays démocratiques et une situation
semblable, l'Assemblée parlementaire est dissoute, mais ceci n'est pas
prévu par la Constitution. Nous sommes entrés maintenant dans un
tunnel. Il est vrai que le président Sanioura a la capacité de
s'adapter à la situation et de se comporter avec sagesse, mais l'Etat
paie le prix.
Faut-il attribuer au président
Lahoud, la responsabilité dans le retard des nominations, alors qu'il
n'a pas eu sa part? En réalité, l'incompatibilité
a retardé ces nominations. En ce qui concerne l'arrestation de certains
officiers des services de sécurité, le fait de les suspecter doit
embarrasser le chef de l'Etat. Il est difficile de convaincre l'opinion
publique qu'ils ont agi à l'insu du président de la
République.
Prévoyez-vous sa démission? Cette question est de son ressort. Le chef de l'Etat peut être
destitué soit par démission ou en vertu d'un article de la
Constitution se rapportant au jugement des présidents. Lorsque
j'étais député, le parlement a ratifié un document
réclamant la destitution du président Sleimane Frangié,
mais il ne l'a pas fait. La Constitution libanaise n'octroie pas à
l'Assemblée le droit de destituer le président de la
République, mais prévoit le recours à un tribunal
particulier constitué suivant des règles particulières.
FIER DE MON SEXENNAT Que pensez-vous
du fait que beaucoup de vos alliés du 14 mars émettent des doutes
à votre égard quant à votre responsabilité dans
l'accord du 17 mai et d'autres questions, durant votre mandat? Je ne
sais pas s'il y a un doute. En tout cas, ma relation est excellente avec toutes
les parties. Je suis fier de ce que j'ai accompli durant mon sexennat: j'ai
sauvegardé l'existence du Liban et son système dans les pires
circonstances, lorsque la capitale était envahie par Israël, alors
que la Syrie occupait une grande partie du territoire libanais, que les
Palestiniens et des Iraniens agissaient à leur guise sur la scène
locale. J'ai pu sauvegarder le système et l'existence du Liban, tout en
affirmant que la Syrie ou Israël n'y étaient pas attachés.
l'Histoire témoignera un jour de mes efforts en vue de maintenir
l'esprit du Liban, son existence et son message dans la pire période.
Nous ne nous serions pas entendus autour de l'accord de Taëf, si nous
n'avions pas sauvegardé la base durant mon mandat. Sur le plan
économique, malgré les difficultés du moment, j'ai pu
réaliser un miracle, en maintenant l'économie et le niveau de la
monnaie nationale. A la fin de mon mandat, la dette publique était
au-dessous d'un milliard de dollars, tandis qu'aujourd'hui elle a atteint
environ 40 milliards.
Pourquoi vous attribue-t-on la
responsabilité d'avoir réduit la parité de la livre
libanaise par rapport au billet vert? Les adversaires politiques peuvent dire
ce qu'ils veulent. Nous parlons de faits et de chiffres. Or, la Banque Centrale
fournit les statistiques qui indiquent que la dette publique était,
alors au-dessous de 800 millions de dollars, alors qu'aujourd'hui elle se
chiffre à 40 milliards, malgré les circonstances très peu
favorables. Nous avions entamé le rétablissement de
l'infrastructure et venions à peine de sortir de l'invasion
israélienne. Durant mon mandat, le dollar était
échangé à moins de 300 livres libanaises. Après que
j'ai quitté la présidence, il a atteint 3.000 livres pour se
stabiliser aujourd'hui à 1.500 livres. Nous avons maintenu la valeur de
la monnaie nationale et le contact entre les Libanais. Le plus important est
que, suite à l'assassinat du président martyr Rachid
Karamé, nous avons préservé l'unité de l'Etat, des
institutions et de l'armée.
JE NE BRIGUE AUCUN POSTE Etes-vous
candidat à la présidence de la République? Après mon retour d'exil, j'ai dit et je le répète que
je ne brigue aucun poste. Je déploie des efforts concernant les
Kataëb, parce que c'est, pour moi un devoir et tout le monde connaît
mes sacrifices et les efforts que j'ai déployés pour
réunifier le parti.
A votre avis, qui a gagné? Vous ou
l'ancien ministre Karim Pakradouni, dans le règlement du conflit? Le premier gagnant est le parti et le premier perdant est quiconque a
souhaité du mal aux Kataëb. l'année prochaine
coïncidera avec le 70ème anniversaire de leur fondation et nous
espérons une nouvelle naissance pour le parti. Ce sera l'occasion de
rappeler la lutte des Kataëb et leurs prises de position nationales. Ils
ont joué un rôle essentiel et d'avant-garde dans la lutte pour la
souveraineté et la liberté, ayant été de tout temps
un pilier essentiel au niveau du dialogue. Nous avons passé par une
étape difficile due à des causes internes,
caractérisée par l'égarement. Après une rapide
remise en question, nous resserrons aujourd'hui nos rangs et espérons
que les Kataëb seront de nouveau une force de défense de la
souveraineté et de la liberté, un élément de
modération et de dialogue et un mouvement de jeunes intégrant les
générations à venir. l'important est d'uvrer en vue
de remettre le flambeau aux générations montantes comme nous
l'avons reçu de nos prédécesseurs. En dépit de
toutes les circonstances, les Kataëb ont montré qu'elles sont une
force nécessaire sur la scène libanaise, parce qu'ils n'ont pas
impliqué le peuple libanais, les chrétiens en particulier, dans
des aventures perdantes ou suicidaires.
SA DERNIÈRE VISITE À
WASHINGTONParlez-nous de votre dernière visite à
Washington? C'était une visite importante, mais non
planifiée. Lors de la tenue du Congrès de l'émigration
Kataëb que je préside chaque année, j'ai profité de
l'occasion pour avoir des entretiens à la Maison-Blanche, au
Conseilnational de sécurité, au département d'Etat et au
Pentagone. J'ai pu visiter tous ces centres de décision, écouter
l'avis des responsables sur la situation au Liban et leur disposition à
appuyer la cause libanaise, tout en expliquant mon point de vue et j'ai
relevé aux Etats-Unis et en France auprès des responsables, une
détermination à aider le Liban à devenir maître de
son destin.
Comprennent-ils les spécificités de la
situation au Liban? Oui et ils considèrent que le Liban a son
rôle dans la région, en tant qu'exemple de démocratie et de
liberté. Leur intérêt envers notre pays part de ce
principe. Dans le passé, ils n'étaient pas
intéressés lorsque le pays était divisé. J'ai
transmis l'optimisme libanais à l'étranger, ma mission ayant
consisté à les convaincre de la nécessité de
renforcer les efforts déployés pour la reconstruction de notre
pays, de ses institutions, de son relèvement économique et d'en
faire un exemple pour le règlement des problèmes de la
région.