Interview accordée par le Président Amine
Gemayel A La Revue du Liban - 29/01/2005
L'Alliance de l'Opposition plurielle
est-elle éphémère ou promotrice du changement par les
voies démocratiques
Cette semaine aura été celle
du nouveau code électoral. En effet, le ministre de l'Intérieur a
soumis son projet au Conseil des ministres qui, à son tour et
après son approbation, devra le transmettre, pour ratification, à
la Chambre des députés. Qu'en est-il du front de l'Opposition qui
s'est constitué, le mois dernier au cours de la rencontre du "Bristol"?
S'agit-il d'une alliance électorale éphémère devant
prendre fin après les élections législatives et, dans la
négative, quelles sont les priorités dans le document de travail
adopté par l'Opposition plurielle et multiconfessionnelle?
AMINE
GEMAYEL: " NOUS PARIONS SUR LA SOUVERAINETE ET L'UNITE NATIONALE "
Le
président Amine Gemayel juge "qu'il ne faut pas minimiser
l'échéance, parce que c'est une échéance
politico-nationale susceptible de modifier le panorama politique dans le pays.
"J'espère, ajoute-t-il, que le peuple reprendra son droit d'exprimer son
opinion et son point de vue sur les questions engageant l'avenir de la patrie.
Les élections générales lui en donneront l'occasion, si
l'intention prêtée aux gouvernements d'organiser une consultation
populaire saine et libre se confirme. J'ai des doutes à ce sujet, preuve
en est le retard mis à élaborer le nouveau code électoral,
lequel ne semble devoir être promulgué que quelques semaines avant
le scrutin. Il s'agit là d'un facteur de falsification, car comment le
candidat aura-t-il la possibilité d'accomplir ses obligations
électorales, pour la raison qu'il ignore ses électeurs et la
nature de ses alliances?" Sur le dialogue de l'Opposition avec le Courant
patriotique libre (CPL-aouniste), l'ancien chef de l'Etat, qui a eu un
entretien au téléphone, la semaine dernière, avec le
général Michel Aoun déclare: "Une délégation
du CPL m'a rendu visite et nous sommes tombés d'accord pour nous
entendre ce qui est, déjà, un fait encourageant. De même,
nous avons convenu de coopérer avec les différentes formations
ayant participé à la rencontre du "Bristol" et au sein de Kornet
Chehwane, en vue de coordonner notre action et nos prises de position. Nous
espérons qu'en plus de la coordination au plan électoral, nous
coopérerons au double plan politique et national. Nous avons besoin de
nous entendre autour de l'étape suivant les élections
générales, car il s'agit d'une étape importante et
décisive coïncidant avec des échéances et de grandes
évolutions régionales, que ce soit en Palestine, en Irak ou par
rapport à l'application de la résolution 1559. Nous
espérons donc que le contact sera maintenu entre nous, afin de renforcer
l'unité nationale et de parvenir à un plan de travail en vue de
la réforme institutionnelle. Ceci rassurera les citoyens quant à
leur avenir, surtout les jeunes qui s'interrogent sur le système, le
rôle du Liban et quel Liban? Dans la mesure où l'Opposition
parviendra à répondre à cette question, elle aura
gagné son pari". En ce qui concerne le dialogue avec le "Hezbollah"
que des points de divergence séparent de l'Opposition, le
président Gemayel précise que deux points restent à tirer
au clair: le premier a trait aux résolutions internationales
contraignantes qui ont la priorité absolue sur toute résolution
régionale ou intérieure ayant une portée
stratégique. "Preuve en est, observe-t-il, la résolution 425 a
provoqué un différend entre l'Etat libanais et l'OLP qui
était attachée à l'accord du Caire. La position officielle
était, alors, exposée comme suit: la priorité est que la
résolution 425 devait être appliquée dans son esprit et sa
lettre. Ceci s'applique, maintenant, à la résolution 1559 qui a
la priorité sur toute autre résolution ou tout accord qui ne
concorde pas avec elle. En ce qui concerne l'accord de Taëf, par exemple,
les questions intérieures ne contredisent pas la résolution 1559;
les autres sont abolies, la résolution internationale ayant la
priorité". A propos de la désignation de M. Walid Moallem, en
tant que vice-ministre syrien des Affaires étrangères,
après la visite de M. Richard Armitage à Damas, l'ancien chef de
l'Etat émet ces réflexions. "Notre position et nos demandes sont
claires et la désignation de M. Moallem ne les affecte en rien, car il
s'agit d'une décision purement syrienne. Nous insistons sur la
récupération par le Liban de sa souveraineté, de son
indépendance, autant que sur la reconnaissance par la Syrie du droit de
notre pays à avoir un statut d'Etat libre, indépendant et
souverain. Ceci doit se traduire par l'établissement de relations
diplomatiques entre les deux pays, comme c'est le cas entre tous les Etats
arabes et étrangers. Même l'Union européenne a maintenu les
relations diplomatiques entre les Etats membres. Tant que la Syrie s'oppose
à de telles relations naturelles, cela signifie que sa reconnaissance de
la souveraineté et de l'indépendance du Liban reste
incomplète". Au sujet des paris de l'Opposition, le président
Gemayel se demande: "Sur qui parie sayyed Hassan Nasrallah? Nous parions sur
notre unité et sur la nécessité de réaliser la
souveraineté de la patrie, sa liberté et son indépendance.
Nous souhaitons que le secrétaire général du "Hezbollah"
nous dise ce qu'il veut et quel est son programme? Serait-il opposé
à la souveraineté et à l'indépendance et, dans ce
cas, quel serait son projet de rechange?"