|
|
|
|
Amine Gemayel, frère du président
assassiné Béchir Gemayel, a présidé lui-même
le Liban de 1982 à 1988. Après un long exil à
l'étranger, il est rentré dans son pays, où il a
participé à la formation du Mouvement Kornet Chehwane, sous
l'aile du patriarche maronite Nasrallah Sfeir. Ce groupe est depuis 2001 dans
l'opposition et demande le départ des troupes syriennes du Liban.
Aujourd'hui, Amine Gemayel dirige l'opposition Kataëb. |
| Quelles
étaient vos relations avec Rafic Hariri ? |
|
Je le connaissais depuis plus de vingt ans.
Ces derniers temps, nous nous étions engagés dans un combat
commun contre le pouvoir en place. Alors qu'il a longtemps participé
à un gouvernement qui prônait des relations très
étroites avec la Syrie, de tutelle en réalité, il semblait
dernièrement vouloir s'affranchir lui aussi, au point d'envisager de
s'allier à l'opposition dont je fais partie. Plus il prenait ses
distances, plus on se rapprochait l'un de l'autre. |
| Pensez-vous
qu'il avait peur ? |
|
Il est possible qu'il ait
effectivement pensé qu'il pouvait être visé par un
attentat. Personnellement, je suppose qu'il avait peur. Il aurait reçu
des mises en garde très précises. On m'a dit que des amis en haut
lieu, en France peut-être, lui avaient conseillé de faire
attention. On connaît la relation très forte qui liait Rafic
Hariri au président français Jacques Chirac, lequel s'est
fortement engagé à l'ONU, aux côtés des
Américains, pour que le Conseil de sécurité adopte la
résolution 1559 demandant le retrait des troupes
étrangères encore stationnées dans le pays. Dans quelle
mesure Chirac n'en avait-il pas discuté avant avec Rafic Hariri, et dans
quelle mesure celui-ci ne l'a-t-il pas encouragé à poursuivre
dans ce sens, cela reste un point d'interrogation. Pour ma part, je suis enclin
à répondre par la totale affirmative. Je pense qu'en
réalité il soutenait cette résolution, mais il le faisait
à sa façon. |
| Qui est,
selon vous, responsable de cet attentat ? |
|
On peut pécher par pensée, par
action et par omission. Si la Syrie n'a pas péché par
pensée, elle a péché par action. Et si elle n'a pas
péché par action, elle a péché par omission. Par
omission parce qu'elle est responsable de la sécurité sur le
terrain. Les services de sécurité syriens sont présents
sur tout le territoire libanais et dans la zone précise où
l'attentat a eu lieu, qui n'est pas loin du siège de ses services de
renseignements. Qui plus est, la tentative d'attentat contre le
député Marwan Hamadé, il y a quelques mois, aurait
dû les inciter à redoubler leur vigilance. Il y a une
responsabilité syrienne indéniable, sinon une implication. Je ne
les accuserai pas directement, je suis avocat, je connais la présomption
d'innocence. Laissons l'enquête se faire et, pour qu'elle ait des chances
d'aboutir, je demande à ce que ce soit une enquête internationale.
Je ne fais pas confiance aux investigateurs libanais, qui sont
manipulés, téléguidés, et qui travaillent pour le
compte de services syriens. On ne peut pas être juge et parti. |
| Quel avenir
voyez-vous pour le Liban ? |
|
La situation est grave pour la Syrie car, désormais,
il y a une quasi-unanimité contre elle et on dit partout que sa
présence est source de conflits et de problèmes, alors que ses
dirigeants prétendaient être là pour assurer la
sécurité du pays et instaurer la paix. A présent, le
problème politique numéro un de tous les Libanais, c'est sa
présence dans notre pays. Je note également qu'il y a eu une
prise de conscience au niveau international. J'ai rencontré ce mercredi
le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, et
j'ai vraiment eu l'impression qu'il avait compris la gravité de la
situation. J'ai également vu le secrétaire d'Etat adjoint
américain, William Burns, et il m'a assuré que les Etats-Unis
étaient décidés à aller jusqu'au bout. |
| Craignez-vous
que votre vie soit également en danger ? |
|
Nous espérons que ce
genre de chose ne se reproduira plus. Nous avons déjà eu trop
d'assassinats politiques, y compris dans ma propre famille. Je ne dis donc pas
que je n'ai pas peur, mais je poursuivrai mon combat. Le Liban se trouve face
à une opportunité historique de recouvrer son
indépendance. Il ne faut pas rater le coche. |
| |
|